Première journée avec toi, monde de la mode

Cher monde de la mode

Je t’écris ce matin car c’est mon premier jour officiel avec toi. J’ai fini mes études, et après 6 ans et demi à tracer des patrons, à coudre différents types de poches et de cols et à développer d’innombrables concepts qui ont vu ou non le jour, ce matin c’est le début d’une nouvelle vie. Il va sans dire que janvier 2021 est un moment assez particulier, sinon terrifiant, pour me lancer à temps plein dans mon entreprise, lancée sous le toit protecteur de l’école, il y a 4 ans. J’ai gradué dans une ambiance d’incertitude extrême, alors que j’évoluais déjà dans un domaine instable, et je me trouve à vouloir lancer des nouvelles idées dans un monde qui n’a absolument pas besoin de plus de vêtements pour régler ses différents problèmes.

Je suis très consciente de tout ça. La seule chose,  monde de la mode, c’est que comme tous les designers, patronnistes, couturières, acheteurs, fournisseurs, détaillants qui croient tant en toi, je t’ai choisi.  Tu as été amoché dans la dernière année, on en a entendu parler de long en large et on a vu les appels à l’aide qui ont été lancés en ton nom. Le mot local est soudainement sorti de la bouche de tout le monde, et tu as eu une petite heure de gloire bien méritée, où tu as pu montrer ton importance. Mais plus de 80 000 emplois au Québec, monde de la mode, c’est plus qu’important. Tu représentes une partie de notre identité et de notre savoir-faire, mais tu es souvent oublié chez nous, alors qu’à bien des endroits tu es aimé et porté fièrement.

Je voudrais que tout le monde te voit tel que tu es : une source inépuisable de créativité de tous genres, et un témoin incomparable de ce qui constitue notre société.  La mode, c’est tout simplement nous. Elle peut avoir un sens ou non, être douce, écolo, polluante, snob, drôle, responsable ou non, avec toutes les définitions au milieu. Elle suit nos valeurs, ce qui est important pour nous et notre vie tout court. Sans mode, il n’y aurait pas grand- chose, et c’est tellement motivant pour moi de voir que je peux créer avec l’histoire.

En ce début janvier 2021, monde de la mode, je commence ma journée avec pas mal d’appréhensions. J’ai peur de ne jamais pouvoir vivre avec toi, de ne pas être assez bonne, de ne pas travailler assez fort pour réussir. J’ai aussi peur de ce qui s’en vient pour toi, dans un début d’année qui risque d’être pas mal difficile. On a vu dans les derniers mois que ton paysage était en ruines, mais que certaines forces de la nature arrivaient à croître à travers. En voyant ça, je suis inspirée à continuer et une petite lumière me dit que je vais être correcte. Ce ne sont pas les vêtements qui guériront la planète en ce moment, mais l’histoire a définitivement montré que lorsqu’on travaille vers un objectif commun, les ruines se transforment en quelque chose de meilleur. Et j’ai vraiment envie d’y participer.

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